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(À suivre)

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Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 10:00

Aujourd’hui, nous allons parcourir la pièce Knock ou le Triomphe de la Médecine, écrite par Jules Romains en 1923. Nous n’allons pas nous attarder sur son cœur médical*, mais sur un terme astrœnologique : le vin de la comète. Cette expression apparaît dans la première scène de l’acte I de cette comédie. Durant le prologue, le docteur Parpalaid conduit son successeur, le docteur Knock, au village de Saint-Maurice.


Le docteur Parpalaid quitte en effet sa bourgade pour s’installer à Lyon. A force de questions durant le trajet, le docteur Knock s’aperçoit que l’affaire qui lui a tant vantée (et vendue) est loin d’être l’affaire du siècle. Les consultations ne sont florissantes que « lors des grandes épidémies mondiales de grippe ».  Le docteur Knock s’exclame alors : « mais ça, dites donc, c'est comme le vin de la comète. S'il faut que j'attende la prochaine épidémie mondiale ! »

 

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Ne confondons pas ça gargouille ou ça gazouille ?

 

Avec cette exclamation, Jules Romains nous donne l’occasion de nous intéresser à un événement qui a eu lieu en 1811 : la Grande Comète. Selon la définition du dictionnaire Litré, « un vin de la comète est un vin recueilli dans l’année 1811, célèbre par l’apparition d’une très belle comète et par l’excellence de ses vins ». 1811 fut en effet la rencontre du millésime type inoubliable, celui qui reste dans les annales. Comme défini par le Litré, l’origine de cette expression est due à la synchronisation de deux événements.

 

Le premier est la Grande Comète. Découverte par l’astronome ardéchois Honoré Flaugergues, son petit nom scientifique est C/1811 F1, mais elle est aussi surnommée Comète de Napoléon. Elle fut longtemps visible, apparaissant sur les télescopes en mars 1811 et en disparaissant en août 1812. Sa longue chevelure fut visible à l’oeil nu pendant l’été, ne lassant pas l’admiration des observateurs d’alors.

 

Le second événement fut l’obtention d’un vin à la qualité mémorable. Avec le scepticisme de Saint-Thomas, on n’avancera pas de relations de cause à effet entre la Comète et la qualité des produits de la vigne et des caves. On notera par contre qu’un été et un automne particulièrement caniculaires pourraient expliquer l’excellence du millésime

 

L’objet volant vinifié qu’est le vin de la comète a bercé la culture populaire française. Avant d’être immortalisée par le docteur Knock, cette expression fut célébrée par une chanson d’Aristide Bruant. En 1883, le célèbre chansonnier immortalisé par Toulouse Lautrec composait le texte suivant :

 

« Moi je suis de Bourgogne

Un des plus gais vignerons,

J’ai pris pour rougir ma trogne

Tous les crus des environs.

 

J’entends chanter le champagne,

Le picolo, le p’tit bleu,

et tous les grands vins d’Espagne.

Tout ça c’est bon, mais morbleu !

 

Chantez votre piquette

Vos crus de premier choix,

Le vin de la comète

Est le vin que je bois ! »

 

* : enjeu qui se résume à l'épitaphe que le docteur Knock attribue à Claude Bernard : « les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent » (acte I, scène 1).

Par Alexandre - Publié dans : Littérature
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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 10:30

Aujourd’hui, nous allons nous arrêter sur une gravure : les vignes des Gaules arrachées sur ordre de l’empereur Domitien. Cette lithographie est une simple illustration des Merveilles de l’industrie moderne (1875), ouvrage de vulgarisation scientifique du montpelliérain Louis Figuier. Si cette gravure n’a pas la puissance artistique des oeuvres d’Honoré Daumier ou Gustave Doré, elle nous permet de nous arrêter sur les premières mesure d’organisation commune d’un marché vitivinicole.

 

Il faut cependant préciser que bien que préfigurant de récentes mesures viticoles européennes*, les arrachages antiques en question sont des mesures protectionnistes. L’édit de l’empereur Domitien interdisait toutes nouvelles plantation hors des provinces d’Italie, mesure anti-concurrentielle protégeant la filière italienne. Dans le livre XXI de son Esprit des Lois, Montesquieu avance une autre raison : « Domitien, prince timide, fit arracher les vignes dans la Gaule, de crainte sans doute que cette liqueur n'y attirât les barbares, comme elle les avait autrefois attirés en Italie. Probus et Julien, qui ne les redoutèrent jamais, en rétablirent la plantation. »

Louis-Figuier-Vignes-des-Gaules-arrachees-sur-ordre-de-l-e.png

 

 

Toute la Gaule était arrachée par les Romains. Toute ? Non !

 

L’empereur Domitien n’a rien a voir avec la voie domitienne, qui date de -115 av. J.C. Il est resté connu pour sa réforme de l’empire romain, ses victoires militaires en Germanie et son édit viticole de 92 ap. J.C. Ce dernier comporte un volet d’arrachage d’une partie du vignoble des Gaules romaines, soit la Gaule Lyonnaise (Beaujolais, Bourgogne, Vallée du Rhône...), la Gaule Aquitaine (Bordeaux, Cahors...) et la Gaule Narbonnaise (Languedoc-Roussillon, Provence...).

 

Nos ancêtres les irréductibles gaulois se plièrent à cette mesure impériale, étayée par le glaive des cohortes. C’est du moins ce que la gravure du fin du XIXème laisse penser, avec un esprit qui sent bon la troisième république. La composition de cette gravure est simple, dans la tradition des illustrations des gazettes et autres images d’Epinal. A l’arrière plan, on distingue un village (en tout cas une hutte) et des gaulois qui laissent éclater leur tristesse. A la fois sous la surveillance d’un légionnaire et la protection d’un saule pleureur, ces ombres gauloises sont suspendues entre ciel et terre.

 

Au premier plan, les légionnaires romains sont quant à eux empêtrés dans l’arrachage des ceps et des échalas qui leur servent de tuteurs. Sous les ordres d’un tribun aux allures druidiques, ils semblent patauger dans un enchevêtrement de rameaux tortueux. Il n’est pas besoin de beaucoup d’expérience pour avancer qu’ils se débrouillent comme des pieds pour arracher ces vignes.

 

* : de 2008 à 2012, 4 % du vignoble européen (soit 165 000 hectares) furent arrachés. La mesure communautaire d’aide à l’arrachage définitif de la vigne aura représenté 1 miliards d’euros de subventions, pour une réduction de la production de 10 millions d’hectolitres [Source : FranceAgriMer].

Par Alexandre - Publié dans : Peintures
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 12:00

Aujourd’hui, nous allons regarder un extrait du Dîner de cons, le film que Francis Veber a tiré de sa pièce de théâtre homonyme. Nous allons nous intéresser à la saynète du Château Lafite-Rothschild 1978. Afin d’apprendre un truc « bon à savoir », à base de grand cru bordelais, de vinaigre et qui n'est peut-être pas si loufoque que ça,.


Le Dîner de cons est une comédie de boulevard française tout ce qu’il y a de plus théâtrale et classique (cocus, calembours, qui pro quo...). Simple au possible sa trame n'en est pas moins efficace : l’éditeur parisien Pierre Brochant (interprété par Thierry Lhermitte) invite François Pignon (le regretté Jacques Villeret) à un dîner hebdomadaire où l'enjeu est de se faire accompagner par la personne la plus ‘‘conne’’ possible. Il faut bien avouer que François Pignon a « la classe mondiale, peut-être même le champion du monde », c’est un convive confondant, constamment consternant.

 

 

Diner-de-cons-Film-Comique-Francis-Veber-Vin-Chateau-Lafi.png

 

 

Vieillir comme un bon vin aigre

Dans l’épisode qui nous intéresse, François Pignon s’est vu contraint de convier son ami Lucien Cheval (Daniel Prévost) à un dîner, afin d’obtenir un numéro de téléphone. Or ce Lucien Cheval est un contrôleur fiscal coriace. Une table spartiate est donc levée, tandis que Pierre Brochant vide son appartement de tout bibelot et objets de valeur. Tout ceci afin d’éviter un contrôle fiscal impromptu. Il est pour cela aidé par son ami Just Leblanc (Francis Huster), qui est soudain pris de doute sur la modestie du vin carafé pour Lucien Cheval.

 

Le vin qui s'y trouve est un effet un Château Lafite-Rothschil 1978*. Un millésime excellent selon les connaisseurs, cuvée qui témoignerait même de la prise en main dynamique du domaine par Eric Rothschild. On leur fait confiance. Pierre Brochant ayant travaillé toute sa vie pour ne pas avoir de piquette chez lui, il ne lui reste plus qu’à ajouter du vinaigre à son Château Laffite pour en maquiller la qualité.  « C'est un truc que je te donne si tu veux transformer un très grand vin en piquette. Et voila : le gros Laffite qui tache ! » Cependant, la dégustation donne un résultat « bizarre, ça lui donne du corps (...). Il est pas plus mauvais… Il serait même plutôt meilleur. » 

 

Apparemment abracadabrantesque, ce gag pourrait cependant avoir un fond de vérité, ou du moins de ''plausibilité''. Un vinaigre de vin contient une grande quantité d'acide acétique, ce composé témoigne d'un défaut inacceptable dans un vin. Au-delà d'une certaine dose (ou plutôt d'un seuil de perception), le vin est alors piqué et impropre à la consommation. Cependant, en dessous de ce seuil, l'acide acétique peut au contraire ajouter à la complexité aromatique et gustative d'un vin. Ce qui donne une véracité oenologique à cette blague potache.

 

Cela reste cependant un cocktail risqué, peut-être plus encore plus avec un vin de consommation courant qu'avec un grand cru classé. Dans le Dîner de cons, Pierre Brochant rajoute une autre rasade de vinaigre, ce qui lui permet d’avoir le résultat souhaité : aigre et ascecent à souhait. Mais comme le conclut François Pignon à propos de l'expérience précédente : « Ah oui, c'est bon à savoir, ça ! »

 

* : Il faut préciser que cette scène se passe en 1998. A cette époque le prix d’une caisse de Lafite-Rothschild était certes élevé et représentait sa liasse de francs ; mais la demande asiatique n’avait pas fait du premier grand cru 1855 de Pauillac une pièce de collection notoirement spéculative.


Par Alexandre - Publié dans : Films
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Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 09:00

Aujourd’hui, nous allons écouter une chanson écrite et composée par George Brassens : le Grand Pan. Dense en références antiques, dansante comme une gigue mystique, cette composition poétique est sans conteste très aboutie. Il convient donc d’aller au-delà de son discours nostalgique, qui oppose :

- un réjouissant âge doré, « Du temps que régnait le Grand Pan // Les dieux protégeaient les ivrognes »;

- aux tristes temps modernes : « Aujourd’hui, çà et là, les gens boivent encore // Mais Bacchus est alcoolique et le Grand Pan est mort ».


Cette dernière expression donne son titre, mais également tout son sens, à la chanson. Dans son traité Sur la disparition des oracles, le chroniqueur antique Plutarque* rapporte la mort du Grand Pan (Pan ho megas), annoncée par des cris à l’Île de Paxos et relayé par des pleurs à proximité de Palodes. Sous le règne de l’empereur Tibère (14-37 de notre ère), cette annonce était aussi celle de la fin du paganisme et de l'avènement du christianisme. Ce mythe néo-antique est ensuite devenu l’expression de la fin d’une civilisation, ou d’une société.

 


 

(Vi)no future

 

Paru dans l’album les Copains d’abord (1964), le Grand Pan reprend les codes musicaux de Georges Brassens : bagout et guitare sèche. Mais la lancinante rythmique est brisée par un rythme enlevé et empressé. Dans son disque l’Homme du moment (2004), Alexis HK la reprend d’ailleurs en forçant le trait bohème-guinguette dans un excès très bachique-bouzouk.


Nostalgique, la chanson se construit sur la caricature d’un merveilleux temps antique où « le vin donnait un lustre au pire des minus // Et le moindre pochard avait tout de Bacchus ».  Le responsable de cette déchéance ne serait autre que le professeur Nimbus et sa clique, qui « s’est mise à frapper les cieux d’alignement // Chasser les dieux du firmament ». Savant fou d’une populaire bande-dessinée des années 1930, le professeur Nimbus représente ici la Science, la logique cartésienne et... la pensée athée. 


Il paraît paradoxal que le moustachu à la mauvaise réputation prenne le parti des religions, aussi bien païennes que chrétiennes (« la plus humble piquette était alors bénie // Distillée par Noé, Silène et compagnie »). Le Grand Pan serait plutôt l’occasion de reprocher à l’Homme d’avoir perdu trop raisonnablement sa candeur primitive. La perte de l’innocence et de la magie poétique a suivi celle des croyances mythiques, sans que cette petite mort n’émeuve.

 

 

* : Philippe Borgeaud, dans la Revue de l’Histoire des Religions (1983)

Par Alexandre - Publié dans : Chansons
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Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 10:55

 

Aujourd’hui, nous allons parcourir les pages du manga Les Années Douces. Dessinée par Jirō Taniguchi, cette bande-dessinée japonaise est l’adaptation d’un roman de Hiromi Kawakami*. Dans l’œuvre originale, la romancière tokyoïte sélectionne quelques unes des rencontres fortuites qui réunissent Tsukiko et un de ses anciens professeur : le maître. Partageant ces dîners autour d’un comptoir à sushis, la trentenaire célibataire et le veuf retraité sont les acteurs rompent la banalité de l’existence citadine par l’instauration de règles et d’habitudes tacites, devenant des cœurs solitaires aux verres solidaires.

Si le pichet de saké s’accorde à la majorité des repas de ces Années douces, le vin y fait une rapide apparition. La force de ce fugitif passage a cependant une rémanence qui dépasse celles que bien des mangas oenologiques ne peuvent espérer effleurer.


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Dégustation, piège abscons

 

Jirō Taniguchi est un mangaka qui développe depuis les années 1990 une sensibilité accrue dans son traitement de la simplicité et de la valeur de la Vie (lire Quartier lointain ou Le Sommet des Dieux). Cette approche universelle n’est pas sans rappeler celle du réalisateur Hayao Myazaki, notamment dans l’usage du fantastique folklorique (cf. l’épisode des Tengus dans les Années douces). Ces deux artistes partagent d’ailleurs un imaginaire très occidental. Jirō Taniguchi allant jusqu’à adopter un rythme de parution bien plus européen que nippon**. Alors que le mythique mangaka Ozamu Tezuka aurait réalisé plus de 700 séries durant sa carrière, Jirō Taniguchi publie actuellement un à deux albums par an.

 

Le roman des Années douces reposant sur la subtilité des non-dits, le défi pour Jirō Taniguchi aura été de mettre des images sur cette finesse silencieuse, en rien démonstrative. L’épisode sur lequel nous allons revenir en est un parfait exemple. Il s’agit d’un rendez-vous que Tsukiko a avec Kojima (un de ses anciens camarades de collège). Se retrouvant au bar Maeda, ils arrosent leurs huîtres fumées et omelette au fromage de vin rouge (a priori un Beaumes de Venise, peut-être un rosé d’ailleurs...).

 

L’exercice de la dégustation reste ici sensoriel et non charnel. Le moment de complicité devient en effet un triste enseignement. Kojima montre à Tsukiko comment agiter son verre à vin et bonne élève Tsukiko constate bien que « le goût était différent de tout à l’heure. Comment dire ?... C’était une saveur généreuse qui s’offrait à vous. » Mais elle n’y met pas plus de conviction. Transportée dans le monde des adultes, « des grandes personnes », Tsukiko ne veut pas y rester.

 

Durant les 4 pages de cet épisode se trouvent condensé une version adulte et raisonnable des dîners avec le maître. Le parallèle est pur et parfait : on retrouve la gastronomie atypique, les associations mets-alcool, la position assise au comptoir... Sauf qu’ici la position maître/élève n’est pas une douce réminiscence, mais une position de force dictée par la maîtrise des conventions sociales. Le dîner avec Kojima est programmé et attendu, tandis qu’avec le maître, les choses sont spontanées, entendues et ne sont dites que si elles en vaillent la peine.

 

Cette critique policée des convenances est le sage pendant de ce qui émaille Boudu sauvé des eaux (pour vous en convaincre, cliquer ici et là). Sans déflorer l’intrigue de l’ouvrage, Tsukiko évitera de revoir Kojima, préférant prendre le maki, sans que cela tourne pour autant au ‘‘Sex & the Sushi’’. La fin de ces Années Douces possède une délicatesse onctueuse, pareille à la mélancolique évanescence d’un dimanche après-midi,  ou aux arômes ténus d’un vin qu’il convient de ne pas carafer.

 

 

* : en France, le roman est paru en 2003 aux éditions Philippe Picquier (200 pages, 35 €). Le manga a été publié en deux tomes (2010-2011) aux éditions Casterman, dans la collection Signatures. En version originale, l’œuvre s’intitule : センセイの鞄 (le sac du professeur) et ne se lit pas de gauche à droite comme sur l’extrait ci-dessus, mais de droite à gauche.

Par Alexandre - Publié dans : Bandes dessinées
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