Aujourd’hui, nous allons parcourir la pièce Knock ou le Triomphe de la Médecine, écrite par Jules Romains en 1923. Nous n’allons pas nous attarder sur son cœur médical*, mais sur un terme astrœnologique : le vin de la comète. Cette expression apparaît dans la première scène de l’acte I de cette comédie. Durant le prologue, le docteur Parpalaid conduit son successeur, le docteur Knock, au village de Saint-Maurice.
Le docteur Parpalaid quitte en effet sa bourgade pour s’installer à Lyon. A force de questions durant le trajet, le docteur Knock s’aperçoit que l’affaire qui lui a tant vantée (et vendue) est loin d’être l’affaire du siècle. Les consultations ne sont florissantes que « lors des grandes épidémies mondiales de grippe ». Le docteur Knock s’exclame alors : « mais ça, dites donc, c'est comme le vin de la comète. S'il faut que j'attende la prochaine épidémie mondiale ! »
Ne confondons pas ça gargouille ou ça gazouille ?
Avec cette exclamation, Jules Romains nous donne l’occasion de nous intéresser à un événement qui a eu lieu en 1811 : la Grande Comète. Selon la définition du dictionnaire Litré, « un vin de la comète est un vin recueilli dans l’année 1811, célèbre par l’apparition d’une très belle comète et par l’excellence de ses vins ». 1811 fut en effet la rencontre du millésime type inoubliable, celui qui reste dans les annales. Comme défini par le Litré, l’origine de cette expression est due à la synchronisation de deux événements.
Le premier est la Grande Comète. Découverte par l’astronome ardéchois Honoré Flaugergues, son petit nom scientifique est C/1811 F1, mais elle est aussi surnommée Comète de Napoléon. Elle fut longtemps visible, apparaissant sur les télescopes en mars 1811 et en disparaissant en août 1812. Sa longue chevelure fut visible à l’oeil nu pendant l’été, ne lassant pas l’admiration des observateurs d’alors.
Le second événement fut l’obtention d’un vin à la qualité mémorable. Avec le scepticisme de Saint-Thomas, on n’avancera pas de relations de cause à effet entre la Comète et la qualité des produits de la vigne et des caves. On notera par contre qu’un été et un automne particulièrement caniculaires pourraient expliquer l’excellence du millésime
L’objet volant vinifié qu’est le vin de la comète a bercé la culture populaire française. Avant d’être immortalisée par le docteur Knock, cette expression fut célébrée par une chanson d’Aristide Bruant. En 1883, le célèbre chansonnier immortalisé par Toulouse Lautrec composait le texte suivant :
« Moi je suis de Bourgogne
Un des plus gais vignerons,
J’ai pris pour rougir ma trogne
Tous les crus des environs.
J’entends chanter le champagne,
Le picolo, le p’tit bleu,
et tous les grands vins d’Espagne.
Tout ça c’est bon, mais morbleu !
Chantez votre piquette
Vos crus de premier choix,
Le vin de la comète
Est le vin que je bois ! »
* : enjeu qui se résume à l'épitaphe que le docteur Knock attribue à Claude Bernard : « les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent » (acte I, scène 1).


