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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 08:30

Aujourd'hui, nous allons prendre les chemins d'une toile de Gustave Courbet. Ou plutôt de sa reproduction. Car le Retour de conférence fait partie de ces œuvres disparues, dont ne subsiste plus qu'un souvenir de scandale. Selon une notice du Musée d'Orsay, cette toile aurait « sans doute été acquise dans le but d'être détruite par un contemporain indigné ». Si les tableaux de Gustave Courbet avait une odeur, ce serait sans doute celle du soufre. En 1863, le Retour de conférence a ainsi réussi à être interdit de Salon de peinture par les académistes et du Salon des Refusés par les modernes d'alors. Gustave Courbet ne devait pas être peu fier de ce coup de maître dans l'atteinte aux bonnes mœurs. Le chantre du réalisme a cependant pu exposer son œuvre en Belgique, terre bien plus tolérante en terme de religion que la France du Second Empire.

En 1868, le Retour de conférence était présenté dans la ville de Gand (ou Ghent en flamand) et illustrait une brochure anticléricale* vendue à l'occasion. Anonyme, le long texte du fascicule s'appuie sur une série de tableaux de Gustave Courbet dépeignant une journée de conférence entre curés. La brochure rappelle que dans « beaucoup de pays il se fait une conférence par semaine » pour répondre à l'obligation qu'ont les prêtres de campagne de « se confesser une fois par mois au curé de canton ». Selon ce texte (au parti pris à peine caricatural), ces conférences tenaient plus de la noce pantagruélique que la Cène ascétique. La bacchanale est présidée par un Amphytrion qui expédie le benedicite, pour mieux se plaindre de la dépravation d'une France devenant laïque. Imaginez « des conseillers municipaux qui ont eu l'audace de s'opposer aux demandes de crédits formulés par leurs pasteurs ».

Anecdote qui « cause des frémissements d'indignation aux conférenciers, et ils sont obligés d'en chercher l'oubli dans le ventre des flacons. » Lors de leurs conférences, les curés transforment en effet l'eau en vin, tout le long du repas et jusqu'à l'apothéose de la soupe au fromage, qui « réveille l'appétit de ces disciples de Gargantua (…). Alors la bouteille entre de nouveau en lice, et les rasades se succèdent avec une promptitude qui donne la plus haute idée de la capacité des estomacs ecclésiastiques. Quelquefois l'ivresse du moment se greffe sur l'ébriété de la conférence ». On imagine bien qu'avec une telle descente de vin de messe le retour de conférence soit peu glorieux...

 

Gustave-Courbet-gravure-Retour-de-Conference--tableau-orig.png

 

L'autre via dolorosa

Après le Languedoc et la Normandie, Gustave Courbet pose son chevalet dans la campagne charentaise de la fin 1862 au début 1863. Le Retour de conférence est ainsi peint à Port-Berteau, une bourgade à proximité de la ville de Saintes. Ce n'est pourtant pas la réputation sulfureuse du tableau qui a marqué les esprits, mais la légende d’un âne, qui aurait été monté dans l'atelier/grange du peintre pour lui servir de modèle. Opération acrobatique qui semble avoir porté ses fruits, tant l'âne dépeint semble braire de naturel. Car sur leur chemin de retour, les conférenciers ont bien du mal à tenir debout. Un des curés est donc soutenu par l'âne qu'il chevauche à califourchon, ainsi que par trois comparses afin de lui éviter de rouler sur le bas côté.

Cette véritable parade de curés saouls laisse naturellement de marbre la statue de Marie à l'enfant encastrée dans le chêne bordant cette station de via vinis. Le chemin de bois sans soif amuse particulièrement les paysans également de sortie. Avec leurs faciès proches des tableaux de Brueghel l'Ancien, Gustave Courbet se placerait presque dans la simple caricature. Mais dans la lignée de l'Enterrement à Ornans ou de la Baigneuse, Gustave Courbet désacralise de nouveau la représentation d'un sujet académique. Reprenant des codes classiques, un Retour de conférence parodie la tradition des scènes pastorales. La parade de gais lurons ne revenant pas d'une innocente bacchanale, mais d'une réunion d'ecclésiastiques, Gustave Courbet joue avec une insolence bon enfant l'air durement anticlérical d'un Jules Vallès.

La conclusion de la brochure est particulièrement se place dans cette optique. L'auteur anonyme déclare ne pas savoir « à quel point ces momeries prétendues religieuses peuvent être utiles à la morale » et juge que « le moment semble venu de donner un vigoureux coup d'épaule pour renverser cet échafaudage officiel de jongleries ridicules ». Ce manifeste appelle clairement à la scission de l'Etat et de l'Eglise, tout en maintenant la liberté de culte mais en instaurant la rétributions des officiers de dieu par les croyants seuls. Une verve socialo-révolutionnaire qui n'est pas sans annoncer la Commune de Paris à laquelle Gustave Courbet participera, en qualité de ministère de la culture.

Pour accompagner cette promenade en toile disparue, on peut évidemment écouter du Georges Brassens (la Messe au pendu), mais aussi les Who (ci dessous a Man in a purple dress de Pete Townshend).

 

 

   

* : le texte bouffant seulement quelques curés de campagnes et pas tous, car « beaucoup de prêtres sont assurément dignes de respect pour l'héroïsme avec lequel ils résistent aux pièges tendus sous leurs pas par l'oisiveté et les excitations sensuelle de leur profession. (…) Cet opuscule n'est point à l'adresse de ses philosophes, fourvoyés dans une carrière sans issue comme un cerf dans une impasse. » Si l'on ne connaît pas l'auteur de ces lignes, on notera que l'Hallali au cerf de Gustave Courbet date de 1867, la métaphore de la scène de chasse a été rédigée un an plus tard.

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Published by Alexandre - dans Peintures
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commentaires

Pascal Djemaa 09/09/2013 09:04


Bonne journée et bravo pour votre blog,Pascal.

Alexandre 09/09/2013 11:24



Bonjour Pascal, je vous remercie pour votre amical message et vous souhaite également une excellente journée !