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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 08:30

Aujourd'hui, nous allons flirter avec le mythe et effleurer une légende : le Domaine de la Romanée Conti. Graal de la geste bourguignonne, la dégustation d'une bouteille estampillée DRC est fantasmée par tout oenophile qui se respecte. Qu'importe le millésime ou l'appellation, c'est le flacon que l'on espère voir en vrai ! De préférence débouché et avec un verre à portée... De part le monde, peu de vins invitent à une adoration aussi inconditionnelle. Il faut avoir vu une nuée de Japonais s'immortaliser devant la croix de la Romanée-Conti pour ne plus en douter.

Pourtant le vignoble mondial ne manque pas de belles légendes. L'oncle Paul ne serait pas de trop pour conter celle qui unit le Château d'Yquem et Klein Constantia sous l'égide de Napoléon premier. Exilé, agonisant sur l'Île Sainte-Hélène, l'empereur déchu se voit refuser la possibilité de déguster une dernière fois le Grand Cru de Sauternes et se délecte de son alter ego sud-africain. Boire à sa guise et mourir, en somme. Mais le lustre du Domaine de la Romanée-Conti (DRC pour ses adeptes) dépasse la simple anecdote d'un faste passé. Les vins de la Domaine de la Romanée Conti évoquent autant une histoire légendaire, que des croyances et fantasmes toujours vivants.

La rareté, propre à tout vin recherché, est exacerbée pour ces grands vins de la commune de Vosne Romanée. Image d'autant plus ancrée dans l'inconscient que les rumeurs parlent de liste d'attente sans fin pour obtenir un flacon, que les commandes sont traitées comme des candidatures... Les prix et records qui s'envolent à l'occasion des ventes aux enchères ne font qu'appuyer cet statut de grand cru de première classe. Mais un simple flacon de vin peut-il peser autant, en rêve et en argent ?

 

Aubert-de-Villaine-Domaine-de-la-Romanee-Conti.png

 

… et le romancé conté.

Pour commencer cette histoire épique, il faut préciser que le Conti associé au domaine de Vosne-Romanée n'a aucun rapport avec les ouvriers en lutte de l'usine Continental. Il s'agit en fait du prince de Conti, de la maison des Bourbon. Mais l'histoire des 1,8 hectares mythiques commence bien avant celle de « son Altesse Sérénissime Monseigneur Louis François de Bourbon Prince de Conty Prince du Sang » (comme l'explique le site très complet DRC, justement mis en ligne pour éviter que le fantasmé ne remplace les faits). A priori, les vignes du futur DRC sont plantées après 1131, suite à la cession terres incultes par le duc de Bourgogne Hugues II aux moines du prieuré de Saint-Vivant (rattaché à l'abbaye de Cluny au milieu du treizième siècle). Les parcelles qui formeront le domaine de la Romanée-Conti changent souvent de mains entre 1584 et 1760, sa légende commence imperceptiblement à se forger. Le vignoble est alors (re)connu sous le nom de Cros des Cloux, la première mention écrite connue de la Romanée date de 1651.

Acquérant le domaine en 1760, le prince de Conti l'étoffe, notamment en construisant un caveau délevage. Son fils, Louis François-Joseph de Bourbon hérite du domaine en 1766. En 1789, la Révolution Française conduira à sa confiscation. La propriété devient alors bien national, appartenant à un contre-révolutionnaire notoire (le dernier prince de Conti meurt en exil à Barcelone). A cette époque la réputation du vignoble du prince de Conti n'est déjà plus à faire. Ses grands crus étaient réservés aux seuls dîners fins du prince, leur donnant déjà la réputation de rareté qui ne les a depuis plus quittés. En 1794, le domaine de la « Romanée-Conty » est expertisé est vendu. Devenu le DRC, la perle des vins de Bourgogne connaît plusieurs propriétaire, jusqu'à se stabiliser en 1942. La société civile du Domaine de la Romanée-Conti est alors créée. En 1950, le domaine est géré par deux Henri : Henri Leroy et Henri de Villaine. Pour redonner tout son lustre au domaine, ils travaillent d'arrache-pieds. Au sens propre du terme. En effet, ils n'hésitent pas à renouveler (et donc arracher) les vieilles vignes qui commençaient à s'essoufler. Depuis lors, la légende de la Romanée-Conti n'a jamais été plus vivace. Elle est aujourd'hui personnifiée par Aubert de Villaine, fils de Henri de Villaine, désormais co-propriétaire de la Romanée-Conti.

Le châtelain actuel du domaine n'est donc pas issu de la lignée des princes de Conti. Il n'est pourtant pas dépourvu d'une grande classe aristocratique, à rendre nostalgique de l'Ancien Ordre le plus dévergondé des sans-culottes. Aubert de Villaine a d'ailleurs assisté à la révolution du vignoble français sans se départir de son flegme. En 1976 il était juré du Jugement de Paris, dégustation à laquelle il participait par amitié pour son organisateur, le journaliste anglais Stephen Spurrier, sans se douter des conséquences que cela aurait... Pendant un temps, il lui a été reproché d'avoir pris part à cet ébranlement des vins français et de leur arrogance. Au première loge du réveil de la viticulture française, Aubert de Villaine ne laissa pas le domaine de la Romanée-Conti se prélasser comme une belle endormie. Le culot de la conversion intégrale à la viticulture biodynamique en témoigne.

 

Aubert-de-Villaine-caves-Domaine-de-la-Romanee-Conti.png

 

L'invitation au voyage

Mais me direz vous : « ces histoires sont bien belles, on en ferait même un téléfilm s'il y avait plus de tensions familiales et de cuisse, mais quid du prix de la bouteille ? La Romanée-Conti mérite-t-elle ses prix astronomiques !? » En effet, cette question est restée en suspens, en effet ! Permettez-moi maintenant de vous raconter une petite histoire. A la fin de l'année dernière j'ai eu la chance de visiter le domaine de la Romanée-Conti*. Un véritable noël avant l'heure, avec un rab de Pâques, la visite étant menée par Aubert de Villaine et son neveu Bertrand de Villaine.

Après la visite des rangs de pinot noir du domaine, on ne doutait plus qu'Aubert de Villaine soit le meilleur ambassadeur des Climats de Bourgogne (dont on souhaite vivement le classement UNESCO!). Et l'on n'avait bien sûr plus qu'une impatience : descendre dans la cave pour les tâter soi-même ! La pipette à déguster s'est montrée généreuse en échantillons tirés au tonneau de 2011. Passant d'une pièce à l'autre les noms défilent et rappellent la puissance poétique propre aux Côtes de Nuits : Echézeaux, Grand Echézeaux, Corton, Romanée-Saint-Vivant, Richebourg, La Tâche et... Romanée-Conti.

Mazette, quel choc ! A s'attendre au meilleur vin du monde, le dégustateur en est tout décontenancé. Car ce n'est pas de vin, plus de vin, dont il s'agit avec la Romanée-Conti. Les repères classiques de la dégustation académique sont balayés. Adieu astringence, acidité et caudalies ! En comparaison, tous les autres vins ne sont que de simples jus de raisins fermentés. Les vers de Charles Baudelaire résonnent parfaitement avec le souvenir de cette dégustation : « Là tout n'est qu'ordre et beauté / Luxe, calme et volupté ». Le vin de la Romanée-Conti est un jus de raisin au sens premier, voire primitif.

Il ramène le buveur au plaisir simple de l'enfance : ressentir et ne plus pouvoir décrire. La fascination pour la Romanée-Conti légendaire se poursuit dans le verre. Ce qui fait écho à d'autres vers de l'Invitation au voyage : « tout y parlerait / A l'âme en secret / Sa douce langue natale ». Après telle dégustation, le souvenir reste et ne vous laisse qu'une envie : à quand la prochaine fois ?Mais une autre question a été posée, un flacon de vin peut-il se chiffrer en dizaine de milliers d'euros ? Si la perfection n'a pas de prix, il apparaît évident que la réponse est : oui !


 

 

* : en qualité de photographe pour la journaliste argentine Renée Kantor, que je remercie pour sa confiance. Je remercie également Aubert et Bertrand de Villaine, pour leur accueil aussi chaleureux que généreux.

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 08:30

Aujourd'hui, c'est la Saint-Valentin ! Passons sur les modernes bouquets de rosés (ah!, les inénarrables coffrets de champagnes pailletés), et revenons sur une antique festivité de la même veine que la journée des amoureux. Sans transition, jouons aux egypt(œn)ologues et penchons-nous sur la déesse lionne Sekhmet.

Divinité de première importance dans l'Egypte Ancienne, Sekhmet en impose par son nom seul (« celle qui est puissante »). Déesse de la guerre, elle prend la forme d'une lionne ou d'une femme à tête de lion vêtue de tissus rouges sanguins. Mais parmi les mythes égyptiens qui sont arrivés jusqu'à nous, tous ne font pas du divin félin un destructeur vindicatif. Une légende fait de Sekhmet l'équivalent d'un Arès et d'une Aphrodite. Le tout par l'intermédiaire d'un Dionysos.

scene-viticole-de-la-tombe-thebaine-52--sepulture-de-Nak.jpg

 

Croyances et ivresse sur le Nil

 

Rê aurait créé Sekhmet pour se venger de l'humanité, qui blasphémait et se moquait du vieillissement de son dieu créateur. Dans une légende, Rê aurait demandé à sa fille Hathor de punir les hommes qui avaient fui le courroux de son oeil en se terrant hors de sa vue. Déesse de l'amour, Hathor accomplit la volonté de son père en massacrant les indélicats. Prenant goût au sang humain, la divinité à tête de vache serait alors devenue Sekhmet. Sa furie ne semblant plus pouvoir être rassasiée, Sekhmet était sur le point d'anéantir l'espère humaine. Pour lui faire retrouver raison, le dieu Thot (à la tête d'ibis) lui tendit un piège. Il fit croire à Sekhmet que l'eau du Nil s'était changée en sang. En fait il s'agissait de vin, miracle qui a tout de la transsubstantation chrétienne. Buvant tout son soûl le fleuve, Sekhmet finit ivre, toute déesse qu'elle soit. Après avoir décuvé, elle serait tombée amoureuse du premier être ayant croisé son regard : le dieu créateur Ptah. Un fils étant né de leur union, ils forment depuis la triade de Memphis.

Si l'histoire se finit bien, l'humanité est passée à un dieu de l'extermination. Pour apaiser Sekhmet, des festivités annuelles commémorent la ruse de Thot. On peut même dire qu'elles la reconstituaient, le vin coulant à flot dans cette fête pré-bacchique ! Véritable beuverie institutionnalisée, cette fête de Sekhmet consistait à se boire la part du lion. Des excès de danse, musique et ivresse permettaient au mortel d'imiter la déesse et de célébrer sa tranquilité amoureuse retrouvée. La légende et les festivités de Sekhmet feraient explicitement référence aux dévastratrices crues du Nil. Ce dernier devenant effectivement rouge sang (un limon rougeâtre remontant le cours du fleuve).

Quoiqu'il en soit, parmi les chants et danse de la fête de Sekhmet, on imagine bien la chanson Rainy day woman #12 & 35 de Bob Dylan. Son refrain : « everybody must gest stoned » n'aurait pas dépareillé !

 

 

 

 

[Illustration : scène viticole de la tombe thébaine 52, sépulture de Nakht, scribe d'Amon]

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 08:30

Aujourd’hui, nous allons aborder une question existentielle en cette saison de foires aux vins : vous êtes plutôt Bettane de France ou Revue des vins Desseauve ? A l’occasion des fameux ‘‘spécial vins’’*, la tendance est criante. Les grandes publications françaises délèguent leurs sélections de vins à deux grands pôles de critiques. D’un côté on trouve les journalistes de la Revue des Vins de France (le Nouvel Observateur, le Monde... sans oublier la RVF !), de l’autres les critiques de Bettane + Desseauve (Les Echos, le Journal du Dimanche, L’Express...).

Présentée ainsi, la critique des vins en France paraît oligopolistique au possible. Loin de cette tribune sans prétention l’idée de remettre en cause l’impartialité et le professionnalisme de ces nouveaux cartels de la critique. Les Juvénal en manque de « qui critique la critique » peuvent d’ores et déjà passer leur chemin. On peut par contre raisonnablement se demander quels sont les liens entre la mondialisation du marché des vins et cette uniformisation de organes critiques.

 

Supplement-Express-special-vin-2012.png

 

 

Perte de masse critique pour contre-poids plume

 

Dans le dernier supplément ‘‘Spécial vin’’ de l’Express, c’est sans nul doute sa publicité en quatrième de couverture qui interpelle d’abord. Il en effet cocasse que ce hors-série vinique mette ainsi en avant la première marque hollandaise de bière, même en noeud pap’. Pour un amateur passionné de vin, son slogan « open your world » pourrait même sembler un tantinet provoquant, mais vérification faite il s’agit du slogan de Heineken dédie à sa campagne utilisant James Bond (en théorie plus habitué au Château Angélus ou aux champagnes Bolinger). Cette publicité illustre surtout le pouvoir d’une industrie brassicole concentrée, alors que la production viti-vinicole concerne plus des sociétés régionales que de grands groupes internationaux.

 

S’éloignant du morcellement de sa production viticole, la critique française des vins se regroupe, formant un cartel que l’on n’osera qualifier de brassicole. Si les sources de contenus se rétrécissent, on peut logiquement craindre les inexorables uniformisation des critiques, des sélections et des découvertes de nouveaux talents. Issue de la richesse des potentiels viticoles, la variété des vins doit pouvoir s’adresser à un panel tout aussi diversifié dans ses goûts et sensibilités. Sans cela, le filtre de la critique vinique deviendra aussi drastique qu’inique. 

 

Il faut se rappeler qu'en prenant de la hauteur, un verre de vin à moitié vide peut sembler plein. L'effet est similaire ici en prenant une perspective plus globale. L’union faisant la force, la critique française des vins pourrait en effet mettre à profit sa structuration pour devenir le contre-poids du critique américain Robert Parker Junior. Mais pour espérer mettre un terme à l’hégémonie de la laminaire notation sur 100, les numéros spécial vin vont devoir se remettre en cause. Laissant les dossiers vus et relus (le scoop des femmes vigneronnes, l’incroyable potentiel de l’oenotourisme, le pari fou des vins natures...), ils doivent innover pour avoir une raison d'exister. Sinon ils seront l'équivalent de dépêches AFP, publiés et relayés sur tous les supports sans valeur ajoutée... En espérant ne jamais connaître d'Agence Vin Presse de la critique, bonne foire aux vins !

 

 

* : l’exemple même des marronniers journalistiques ! Cliquer ici pour vous en convaincre avec le premier épisode du numéro de foire des ‘‘Spécial Vin’’

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 07:00

Aujourd’hui, nous allons mettre en veille ce blog, Vin’Art, qui va ‘‘automner’’ comme d’autres hibernent. Dans les prochaines semaine, la quête des apparitions de la Dive bouteille dans les différents champs artistiques sera en pause, mais ce n’est que party remise !
Pour les curieux qui souhaitent en savoir plus, lire la suite !

 

QuartsDeChaume.png

 

Jambon contre DrNŒ

 

Pour tout dire, sans non plus transformer ce blog en un journal intime prépubère, mon stage de fin d’études d’ingénieur agronome spécialisé en viticulture et en œnologie (non, je n’ai rien à compenser !) viens de s'achever. Profitant de l'impulsion, je vais entamer un stage de vinifications en Loire*, occupation qui va pendre le pas sur la rédaction de billets Vin'artistiques. Cet énième stage me permettra en fait de soutenir le Diplôme National d’Œnologue (DNŒ).


Un œnologue, kézako ? D'abord il faut savoir que la prononciation correcte est é-nologue et pas eu-nologue, qui est cependant admise, car plus courante. Si l'on en revient à l'étymologie du terme œnologue (οἶνος : le vin, et λογία : le discours), il signifie « celui qui parle du vin ». A proprement parler, quiconque est habité par une verve bachique peut donc se définir comme tel. Dans la filière viti-vinicole, ce terme désigne plus précisément le technicien qui encadre, surveille et dirige les processus biologiques et chimiques des vinifications. Mais l’orgueil de l’œnologue, ce n’est pas d’être le seul technicien à pouvoir réaliser le traitement au Ferrocyanure de potassium (K4[Fe(CN)6]) des vins contenant des métaux lourds. Non, la fierté de l’œnologue c’est bien d’être celui qui comprend le langage du vin, celui qui traduit le potentiel d’un vignoble dans une flacon volubile, celui qui met en relation le savoir-faire vigneron avec le savoir-boire du client.


Afin de pouvoir me considérer comme un œnologue technique (et plus seulement un œnologue linguistique), je vais donc aller écouter les vignes d’Anjou, tout simplement. Si j’avais été un disciple du mouvement littéraire du Parnasse j’aurais ajouté : « Loire pour Loire ». Si j’avais été le shérif Flaubert, je me serais plutôt exclamé « la Loire c’est moi ». Mais comme le quota de jeux de mots dispensables sur la Loire est déjà atteint pour cet article, on s’arrêtera ici.

 

 

SuivezLesFleches.png

 


Bonus
 
En exclusivité internationale, voici ci-dessus un aperçu de mon mémoire de stage. Je tiens à préciser qu’aucun Indien n’a été maltraité durant la rédaction de ce rapport. Les curieux ayant envie d’en lire plus sont conviés à aller traîner à la bibliothèque de l’Agro Montpellier (Campus de la Gaillarde), au rayon des Mémoires de fin d’étude, section Viti-Oeno.


* : pour connaître l’appellation, voir le rébus plus haut.

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 19:05

Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur le marronnier viticole par excellence : le numéro spécial vin. En jargon journalistique, un marronnier est une enquête qui ressort des tiroirs de rédactions chaque année. Pour le reconnaître, c'est facile : le titre et les enjeux n'ont pas changé depuis la précédente édition. Parmi ces dossiers récurrents, les plus emblématiques sont « les francs-maçons en France » de Marianne, « le classement des meilleurs hôpitaux par régions » du Nouvel Observateur, « les 200 qui font la France » de Challenges... Dans la jungle des marronniers, le « Spécial Vin »c'est l'industrie de la crème de châtaigne, à en faire pâlir Clément Faugier.


Rendez-vous incontournables, les éditions spéciales du Point et du Figaro annoncent l’approche des foires aux vins automnales comme les fleuristes et les chocolatiers nous rappellent chaque année la fête des mères. En 2011, une nouvelle pousse veut nous guider dans le langage des vignes. Avec la réputée Revue des Vins de France comme tuteur, le quotidien national Libération publie son premier numéro spécial vin. Mais cet intéressant supplément sur « le vin grandeur nature » mérite un petit complément pour avoir toutes les cartes, et le terroir, en main.

 

Image 2-copie-1

 

 

C'est un peu court jeune homme

 

Paraissant entre le concours du vigneron-qui-commence-le-premier-ses-vendanges-sur-TF1* et l’arrivée du Beaujolais Nouveau, les hors-séries vins ont pour vocation de dresser un portrait de la filière de la vigne et du vin. Ce qui est superbement fait dans le numéro spécial de Libé. Les photographies de Luc Manago s’y déploient comme autant de pampres, happant notre regard et donnant une grandeur aussi épique qu’organique aux travaux des vignerons décrits dans des portraits attachants, émouvants, bref : alléchants.

 

En filigrane de ces superbes portraits, on sent cependant une ligne éditoriale beaucoup trop obnubilée par le concept du « bio » (regroupant ici les viticultures biologiques, biodynamiques, naturelles et affiliées sans s’en vanter). Normal me direz-vous, c’est le thème de ce numéro. Oui mais le tout manque d’objectivité et de recul : ici c’est une mode qui est suivie, sans la remettre en cause, ni porter la moindre attention aux viticultures alternatives qui émergent également. Comme Edmond Rostand le faisait déclamer à son Cyrano de Bergerac : « on pouvait dire... Oh ! Dieu ! Bien des choses en somme. En variant le ton ».

 

Au lieu de résumer les vignerons conventionnels à des « flemmards » qui se reposent sur l’usage des produits phytosanitaires chimiques au vignoble et sur l’œnotechnologie en cave, il aurait pu (et même dû) être fait état de la viticulture raisonné, qui n'utilise un intrant qu’en cas d’absolue nécessité. Démarche qui s’étend d’ailleurs à toute la viticulture grâce au plan Ecophyto 2018 (objectif de réduction des doses de produits par deux). Et si le dossier revient sur la dérive de certains vignerons en bio « travaillant comme des cochons », il semblerait que ce soit seulement dans les travaux de cave. Quid de la pollution en cuivre et en soufre des sols de vignerons bio traitant trop ? En effet, la doctrine de la bio est d’utiliser des produits non-chimiques (''naturels''), qui ne sont pas pour autant moins dangereux pour l’environnement.

 

Une critique de la biodynamie aurait également été la bienvenue. Car cette viticulture reste bien constituée de « pratiques ésotériques », héritées du l’anthroposophe Rudolf Steiner (Allemagne, début du XXe siècle). Si l’impact des cycles lunaires sur le développement de la vigne paraît recevable, le recours à des calendriers astrologiques décidant des jours où il vaut mieux travailler en cave ou au vignoble l'est moins. De même le recours à d’obscures préparations chiffrées pour masquer leur composition abracadabrante laisse perplexe. La préparation 500 revient ainsi à de la bouse de vache introduite dans une corne et enterrée...

 

Dans ce hors-série, les amalgames entre soufre et SO2 sont également sources de désarroi. Ca sulfite de confondre les termes ! Le SO2 est l’anhydride sulfureux, ou sulfite, que l’on utilise durant les processus de vinification pour garantir la conservation des arômes et prévenir des défauts. Le soufre c’est le composé actif de produits phytosanitaires utilisés à la vigne, où il doit rester. Dans le vin on trouve bien des composés sulfurés, mais ils témoignent d’un défaut, pas de la trace de l’allergène SO2.

 

Au final, ce qui déçoit dans ce numéro, c’est le suivi des modes sans que celles-ci soient discutées ou même remises à plat. Que le fantasme populaire, qui ferait du critique américain Robert Parker Jr. le responsable de la coca-colisation des vins français, soit repris tel quel du documentaire Mondo Vino (Jonathan Nossiter, 2003) ne choque en soit plus : c’est un fait tellement admis que l’on ne peut hélas plus en débattre. Mais alors il faudrait un peu de cohérence, si Robert Parker est le fossoyeur de la french wine touch, comment peut-il être présenté dans les portraits des vins M. Chapoutier et Pontet-Canet comme un découvreur de talents... atypiques ?

 

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Tar' ta truffe à la rentrée

 

Autre phénomène de saison : la publication en pagaille des guides d’achat millésimés 2012. Toujours en quête d'innovation, les Gault & Millau, Bettane & Dessauve et autres Hachette n’ont pas froid aux yeux quand il s’agit d’innover pour attirer le chaland. Après les CD-ROM et la clé d’accès à un site internet exclusif, voilà que ces supports papiers se penchent sur le phénomène des blogs**. Septembre c’est la rentrée littéraire, le monde du vin ne fait exception qu’en donnant dans la re-édition, et c’est peut-être là qu’est la vraie parkerisation du vin : le peu d’inattendu et le manque d’originalité.

 

Mais pour qui a l’instinct porcin, les racines d’un marronnier peuvent être riches en truffes, pépites d’or noir à débusquer. En 2010 on avait le Petit Dictionnaire Absurde & Impertinent de la Vigne et du Vin de Jean-Pierre Gauffre (éditions Féret) qui se terrait sous la canopée des hors-séries, en 2011 on a le Numéro Spécial Pinard de Fluide Glacial, qui se cachait sous la pile des Spécial Vin de l’Express.

 

Véritable bouffée d’air frais, ces dessins avinés rappellent que la loi Evin n’empêche pas de rire du vin. Alors oui le Spécial Pinard de Fluide Glacial faisait moins classe sur les plages que celui institutionnel de l’Express, mais « qu’importe le flacon ». L’âge de véraison n’est cependant pas encore arrivé pour Fluide Glacial, la reprise de l’amalgame entre consommation de vin et cancer fait un peu tache (mythe urbain de l’Institut National du Cancer, 2009). Quoiqu’il en soit il reste de très bons strips, comme le Portrait du Frimeur par Patcab et Fabcaro, qui clôture cette rentrée littéraire.


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* : en 2011 il semblerait que ce soit le domaine de Rombeau de Rivesaltes qui remporte le titre. Avec un début de récolte le 4 août, c’était un jeudi et la saint Vianney.


** : Bon, j’ai vérifié, Nicolas de Rouyn n’a pas relevé Vin’Art pour le Bettane & Desseauve 2012 => tant pis pour la consécration avant la fin du monde !

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 09:36

 

Aujourd’hui, nous n’allons pas chercher à « débusquer, recenser et partager via écran LCD les diverses émanations du vin dans l'ensemble des champs artistiques », comme l’annonçait si fièrement l’article Premier Né de ce blog. Cinq mois et quelques après cette première publication, le vingtième article de Vin’Art se propose plutôt de vous convier à une pause ludique. Je vous propose de faire une détour par les arcanes des moteurs de recherche, pour s’arrêter sur le vin, mot de l’histoire de ce blog. Mais cet article est surtout l’occasion de caser une photo d’Arnold Schwarzenegger, autant le dire dès maintenant.

 

VinMot-copie-1.png

 

      Bris de mots

 

 

Wordle est un outil en ligne qui permet de visualiser les termes revenant le plus dans un texte, les mots étant représentés avec une taille proportionnelle à leurs apparitions. Voici ci-dessus le résumé des 19 introductions précédemment publiées ici. Sans conteste, c’est le jus de raisin fermenté qui a été le mot consommé sans aucune forme de modération ! C’est un soulagement : on ne s’est pas trop éloigné du sujet affiché. Les tics de langage étant des plus visibles, l’usage du ‘si’ et du ‘fait’ est dès maintenant limité dans ces colonnes.

 

Si le vocabulaire utilisé dans ce blog ne donne pas lieu à des surprises en cascade, les groupes de mots utilisés par certains internautes pour accéder à ce site sont déjà plus inattendus. Dans les outils gracieusement mis à disposition par la plate-forme OverBlog, on trouve les requêtes des internautes qui les ont conduit à Vin’Art. En tête des recherches on retrouve des requêtes plutôt logiques, ou du moins en net rapport avec le contenu de ce site. Les recherches sur les films où Jackie Chan pratique l’art de la boxe de l’ivresse sont assez populaires. Jésus et le vin ou Francis Picabia Vigne ainsi que le plus récent menu Art Nouveau font également partie des chemins menant à cette pomme.

A côté de ces requêtes assez pertinentes, il y en a qui tombent complètement à côté de la plaque. Ce sont bien sûr ces derniéres qui sont les plus intéressantes, mais avant tout : un cliché d’Arnold Schwarzenegger en caleçon de bain et un verre de vin à la main, un !


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Le ‘‘No Logic’’ et la Viti Culture

 

Trouvée au hasard de liens successifs sur le monde merveilleux du WorldWineWeb, cette photographie du fameux bodybuilder austro-américain reste assez mystérieuse. A première vue, elle a été prise dans un désert (probablement californien) avec une bimbo (apparemment de petite taille, ce qu’elle essaye de compenser par... bon, bref !) et un verre de vin rouge encastré dans les abdominaux du Gouvernator. Aussi kitsch que huileuse, il était bien dommage de ne pas intégrer cette photo à Vin’Art.

 

Cette photo permet également de mettre en image les farces que nous réservent parfois nos recherches sur internet. Prochainement, il devrait arriver sur cet article des internautes hagards, à la recherche les dernières actualités et rumeurs sur « le film événement voyant s’affronter les action-heroes Arnold ‘Terminator’ Schwarzenegger et Vin ‘Fast & Furious’ Diesel ». S’étant contentés de taper « Schwarzenegger + Vin Diesel » dans leur moteur de recherche préféré, les voici ici même, oui, là =>

 Après cette petite expérience, voici une compilation de recherches, incongrues ou juste rigolotes, qui ont conduit certains internautes à arriver dans ces parages :

 

‘Film avec des chinois dans un lit qui se bagarre’ et ‘cherche nom du film ou il ya l'attaque de l ivrogne avec jackie chan’ sont deux requêtes qui attestent non seulement de l’intérêt humain pour la vision de ses congénères en état de sobriété différée, mais aussi du manque flagrant d’optimisation des recherches par certains utilisateurs de moteurs de recherche. Moins naïve et imagée, le bref ‘film ou jackie chan se bat bourré’ se révèle être bien plus efficace.

 

‘Film Ratatouille avec sous-titres’ a dû décevoir l’apprenti pirate qui en lieu et place d’un fichier à télécharger s’est vu épelé Ra-ta-too-ee. Par contre l’internaute à l’origine de ’Comment font-ils la ratatouille dans le film ratatouille ?’ peut attester du travail journalistique de fond ici proposé. Ce n’est pas une ratatouille, mais un tian qui est cuisiné dans le film de Pixar, et ça de la breaking news que l’on ne retrouve pas partout ! Ah ben si, sur wikipedia tiens... hum.

 

‘Ques qui caché le sex d'adam et eve’. Ça c’est une pépite, un vrai éclat d’innocence adolescente, voire même de curiosité prépubère, tout juste en train de s’éveiller aux choses de la vie... Ou sinon c’est juste un analphabète qui triche pour ses mots croisés. Quoiqu’il en soit le  ‘premier sous vetements’ laisse aussi bien des possibles envisageables.

 

Le ‘vin bulle spéculative’ rappelle bien qu’entre premiers crus et spéculation de placement, la limite est aussi fine qu’un verre qui fait du stop, un verre à pied quoi.

 

‘Vin favori jean valjean’ : ça c’est une excellente question. Et malgré une lecture attentive des Misérables, il n’y a pas de réponse. Cependant, si les goûts de Jean Valjean étaient liés à son harassante histoire, ce serait sans nul doute un vin de peine, un de ces vins de consommation courante assemblés à Bercy à la fin du XIXe. A la fois rustique et peu avenant, sa chaleur des premiers abords ne tarderaient pas à céder la place à une franche chaleur désaltérante.

 

‘Tintin magie juive’ . Sur Internet, la loi de Godwin stipule que "plus une discussion sur un forum dure, et plus laprobabilité qu’il soit fait référence au IIIe Reich tend vers 1". Il existe de même une litigieuse règle selon laquelle les recherches « trucmuche est-il juif » sont les plus communes sur le web. Bon, la minute 

 

‘Cette toile a été peinte’ reste une insondable énigme... Un adepte de René Magritte peut-être ? Mais la plus obscure de toutes les requêtes est aussi la plus sataniste, et c’est sur cette dernière que ce panorama s’achève : ‘agissement de démon’.

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 09:52

Ceci n'est pas un manifeste.

N'ayant ni la prétention (ni l'envie!) de théoriser outre mesure, le premier article de Vin'Artblog des Arts en Vin se veut essentiellement explicatif.

Expliquons donc l'essentiel! 

Animé par l'envie de conjuguer et partager mes passions que sont le Vin dans sa diversité culturelle et les Arts dans leurs pluralités sensorielles, ce blog a été créé. Par ce support immatériel, je cherche à débusquer, recenser et partager via écran LCD les diverses émanations du vin dans l'ensemble des champs artistiques (littérature, musique, cinéma, etc). Occurrences où le vin peut aussi bien avoir le rôle central, ou n'être qu'au second plan en bruit de fond, ou même être source d'inspiration supposée...

Bonne lecture et n'oubliez pas: l'Internet est un moyen, pas un vin en soi!

MagritteStyle

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