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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 08:30

Aujourd'hui, nous allons parcourir le Journal du romancier Jules Renard et nous arrêter sur ses pensées vigneronnes. Mêlant le carnet intime et l'exercice littéraire, avec ce que cela comporte de quotidien et de doutes, de perfidie et d'anecdotes, ce journal était aussi un compagnon de (ré)création. On y trouve notés des aphorismes tout viniques, qui n'auraient pas été dépareillés dans les Bucoliques, celles de Jules Renard comme les originales de Virgile. Le 20 juillet 1887, le pas-encore auteur de Poil de carotte notait ainsi « l'esprit est, à peu près, à l'intelligence vraie, ce qu'est le vinaigre au vin solide et de bon cru : breuvage des cerveaux stériles et des estomacs maladifs »

S'éloignant des salons littéraires et des traits purement spirituels, Jules Renard prône la franchise dans son plus simple appareil, un terre qui ne ment pas, comme il la dépeignait dans leVigneron dans sa vigne (1894). Plus qu'à cette série de nouvelles paysannes, penchons-nous sur le sort que réserve Jules Renard aux animaux. Si les cruautés sur oiseaux, chien et chat ne manquent dans son roman autobiographique Poil de Carotte, il semble avoir voulu se rattraper par la suite. Le 19 septembre 1895, le déjà auteur de l'Ecornifleur annonce que si « Buffon a décrit les animaux pour faire plaisir aux hommes. Moi je voudrais être agréable aux animaux mêmes ». Son objectif serait même les faire rire s'ils lisaient ses Histoires Naturelles, qui paraissent en 1896.


Histoires-Naturelles-Jules-Renard-Dessin-Escargot.png


Les fables de la fontaine à vin

Avec sa rousseur et son nom famille, Jules Renard aurait pu se voir en rusé goupil, mais il avait plutôt tendance à se comparer à un escargot à la mue impossible, qui n'arrive pas à percer sa coquille. Le gastéropode sert également incarner la paysannerie de son temps, qui comme un escargot, est lente à atteindre l'horizon... Dans ses Histoires Naturelles, il décrit avec un œil enfantin l'escargot : « Casanier dans la saison des rhumes, son cou de girafe rentré, l'escargot bout comme un nez plein. Il se promène dès les beaux jours, mais il ne sait marcher que sur la langue. »

A cet interlude faussement naïf suit un souvenir de dressage d'escargots de course, avec son camarade Abel, qui les dresse en les poussant avec « Barbare, qui est une lame de plomb », Abel est lui même dressé par sa mère, qui lui attache un sucre au cou pour le punir et ne l'autorise à le manger que lorsqu'il est pardonné. Loin de cette petite fable cruelle, il laisse au lecteur une image surréaliste avec sa pensée du 29 août 1906 :« l'escargot : vigneron avec sa hotte sur le dos, la tête traversée d'aiguilles à tricoter ». Imaginer le vendangeur harnaché et transpercé de la sorte conduit à des projections plus proche d'Enki Bilal que de la galerie du Muséum d'Histoire Naturelle. Tout aussi visuelle, sa définition visuelle de « la coccinelle : une petite tortue qui tout à coup s'envole » (12 juillet 1902).

Plus pratique, un autre arpenteur du règne animal rappelle que la « Coccinelle, c'est utile, ça fait fuir les pucerons // Et puis c'est la promesse que le vin sera bon » nous chante dans sa Coccinelle, Thomas Fersen, qui, accompagné du Ginger Accident, vient de livrer un nouvel album plus que recommandable.

 

 

 

Tous mes remerciements à Régis pour m'avoir offert ce Journal !

 

 

 

[Illustration : dessin à l'encre de Chine pour les Histoires Naturelles par Jules Renard, BnF]

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Published by Alexandre - dans Littérature
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