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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 08:30

Aujourd'hui, nous allons contempler le Bacchus enfant peint par Guido Reni. Le jeune dieu n'y use pas ses couches culottes « à dada sur son bidet », mais titube déjà, levant un coude bien aviné. Le poulbot poivrot est en effet plein comme une outre, qui en déborde même... A grosse soif, petits besoins ? C'est avec un air de défi, matiné d'ivresse, qu'il lève les yeux au ciel en s'oubliant pour mieux mener à bien son cul-sec. On le voit, cette petite toile (50 par 60 cm) est des plus irrevérencieuses avec un dieu païen des plus majeurs.

Bacchus fait partie des dieux tutélaires antiques les plus connus, cher aux hommes toujours prompts à vénérer celui qui les rend insensés. Protecteur de la vigne et du vin, Bacchus (ou Dionysos pour les Grecs, Osiris pour les Egyptiens...) n'était pas connu que pour ses bacchanales et séduisantes bacchantes. Son mythe était fait de voyages et de victoires dans les pays orientaux, notamment dans les Indes qu'il aurait conquises... Adieu beau, panache et amphytrion avec Guido Reni ! La jeunesse mythique chantée par Ovide dans ses Métamorphoses* n'est qu'un vague souvenir.

Il semble que Bacchus soit loin de croire être né de la cuisse de Jupiter, mais plutôt de la dernière tournée. La représentation de Bacchus joue naturellement sur les deux aspects que la divinité partage avec le vin : pile l'ivresse, face l'ivrognerie. Pile, le Jeune Bacchus peint par le Caravage, un adolescent à la divinité diffuse et à la sobriété désenchantée. Face, la version de Guido Reni propose un bambin aux bourréles débordant d'abus. On pourrait continuer : pile, le Triomphe de Bacchus par Velasquez donne une auguste solennité à un repas champêtre, face Cornelius De Vos fait de ce thème un gras et indolent lendemain de beuverie rurale....

 

Guido-Reni-Bacchus-enfant--buvant-et-pissant-du-vin-.jpg

      Bois pas ci, bois pas ça

 

Aussi effrontée que puérile, cette peinture se moque joyeusement des conventions et de la bienséance. La grossiéreté n'est finalement qu'un laisser-aller, qui passerait pour impertinente s'il ne s'agissait de thèmes païens. On comprend qu'entre deux épisodes de la vie de Jésus ou de ses apôtres pour le Vatican, un peintre baroque de Bologne se détende en revisitant les mythes. Le travail pictural de Guido Reni est ici on ne peut plus classique, avec une coloration qui n'est pas sans rappeler les compositions naïves des fresques antiques.

Affalé sur son tonneau percé, ce Bacchus jouit d'un jet d'urine particulièrement puissant, pour ne pas dire rabelaisien. Lui fait écho le jet de vin qui s'écoule du tonneau et souligne sa force. Dans les deux cas il semble qu'il n'y ait ni début ni fin à ce jet, dans les deux cas les contenants sont digne d'occuper les Danaïdes. Ou de devenir des fontaines. Le Jeune Bacchus de Guido Reni ne peut que faire penser à la fameuse fontaine bruxelloise : le Manneken-Pis de Jérôme Duquesnoy l'ancien. Au-delà de la proximité évidente de sujet, les deux œuvres partagent des dimensions identiques, représentant à l'échelle un môme d'autant plus frêle que sa vessie devrait imploser.

Guido Reni s'est-il inspiré du « gamin qui pisse » ? De la statue en bronze belge à la peinture d'un Bacchus ivre, on en restera là... On ne se demandera pas ce que boit le petit Julien, on laisse à Uderzo et Goscinny troubler cette intimité dans l'album Astérix et Obélix chez les belges.Par contre on peut se questionner sur la nature de l'urine de Bacchus... Pour sa part, le Manneken-Pis ne distribue pas que de l'eau. L'incontournable encyclopédie Wikipediarapporte qu'en 1890 du vin et de la bière sortirent du Manneken-Pis. « Et il pisse comme je pleure » pourrait-on faire chanter à Jacques Brel, pour conclure cette interlude dans le Plat Pays

 

 

* : La double naissance de Bacchus serait une fable rappelant les besoins de la vigne selon le prêtre Louis Moréri dans son Grand dictionnaire historique de la fin du dix-septième siècle. Le bon terreau (voir terroir) pour prendre racine est incarné par sa mère Sémélé, le climat chaud, mais tempéré, pour fructifier est représentée par la cuisse de Jupiter, tandis que l'éducation donnée par les nymphes serait l'élevage en caves, permettant d'obtenir le vin.

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Published by Alexandre - dans Peintures
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