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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 08:30

Aujourd'hui, nous allons écouter un classique de tout bon bal musette qui se respecte : Ah ! le petit vin blanc. Inscrite au répertoire des chanson à boire, l'hymne à la consommation du vin blanc a été chanté sans modération par de multiples interprètes. Si l'on connaît surtout le pochetron de guingette, il ne faut pas passer sous silences les artistes du Music Hall qui s'en sont donnés à gorge déployée : du Chanteur sans nom à Yvette Horner, en passant par Tino Rossi.

C'est l'interprétation de ce dernier qui nous intéresse ici. Inévitablement soutenue par l'accordéon des tonnelles, la voix de Constantin ''Tino'' Rossi se pose ici sur un rythme plus soutenu que la version originale. Si cette accélération lui permet de ménager des trémolos musette stéréotypiques, elle ne conduit pas à un chœur de Petit papa saoul la tonnelle. En effet, l'auditeur n'est pas en mesure de pousser le refrain. Il est plutôt invité à se trémousser sous les tonnelles, car la festivité, plus que l'ébriété, est le premier motif de la chanson de Jean Dréjac.

 

 

Le chant des petits vins blancs

 

La chanson ah ! le petit vin blanc fut écrite en France par Jean Dréjac en 1943, sur une musique de Charles-Borel Clerc. Mais l'Histoire de la chanson française retient surtout que cette même année, la Résistance trouvait son hymne sur les ondes anglaises : le Chant des partisans*. Cette coïncidence ne donne pas vraiment de lustre à l'hymne du petit vin blanc... Est-elle pour autant une simple tocade passagère, témoignant d'un besoin de légèreté sous la chape de l'Occupation ?

A l'écouter avec attention, ah ! le petit vin blanc a plutôt l'air d'une réponse au Temps des cerises. Les deux chansons parlent en effet des amours printaniers, du côté de Nogent ou sous les cerisiers, les variations sont identiques. Composée avant la Commune de Paris (1871), le Temps des cerises prophétise cependant les désillusions des classes populaires, qui en garderont "une plaie ouverte au coeur". Face à cet écho nostalgique et fataliste, la chanson ah ! le petit vin blanc paraît encore une fois légère, avec ses canotiers enamourachées de danseuses engrossées... Pourtant elle aussi pertinente. En avance sur son époque, comme le Temps des cerises, elle préfigure l'innocence retrouvée de la Libération : époque où les tailles prennent de l'avantage, de ripaille comme de marmailles.

Ah ! le petit vin blanc n'est devenue célèbre qu'après la Libération, notamment grâce à l'interprétation de Lina Margny (vidéo ci-dessus). Elle fut reprise par Tino Rossi sur un disque de 1969 (cliquer ici pour en écouter la version que l'on retrouve sur son best-of). Si l'on en croit le site Wikipedia, l'un de ses interprètes actuels est Patrick Bruel. Pour sa part le Temps des cerises aura eu la chance de voir succéder à Yves Montand le groupe Noir Désir, la postérité, comme la popularité, passe par ce genre de détails...

 

 

* : traduction de Joseph Kessel (et de son neveu Maurice Druon) de la chanson composée par la russe Anna Marly, le « troubadour de la Résistance ».

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Published by Alexandre - dans Chansons
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