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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 08:30

Aujourd’hui, nous allons perdre nos pas dans le cloître de l’église Saint-Etienne-du-Mont, afin d’y examiner un vitrail du XVIIème siècle : le Pressoir Mystique. Selon la définition du Larousse, le pressoir mystique est « une image du Christ couché sous la vis du pressoir, donnant son sang pour laver le péché des hommes ». Aussi allégorique qu’académique, ce thème a connu son âge d’or au Moyen-Âge, avec de nombreuses représentations assez brutales. Dans les églises de l’An Mil, on retrouvait fréquemment un Messie-fontaine-à-vin, appuyant sur la plaie de son flanc droit pour en faire jaillir des geysers de sang de treille.

 

L’église parisienne de Saint-Etienne-du-Mont datant de la Renaissance, le pressoir mystique y est représenté d’une manière plus policée et apaisée. Le but n’est plus d’imprégner dans l’imaginaire populaire le lien entre sang du Christ et vin de messe, mais d’insérer le pressoir mystique parmi les outils de la liturgie catholique. Sacrements de la communion, le vin de messe et l’hostie représentent la chair et le sang du fils de l’Homme (selon les termes de ce dernier lors de la Cène). Dans la liturgie catholique, cette transformation du vin en sang est réelle, la transsubstantiation est à prendre au sens littéral. Loin des représentations doloristes, ces vitraux du pressoir mystique conservent donc leur aspect explicatif. L’allégorie est faite pour s’adresser aux adeptes de Saint Thomas, ne croyant que ce qu’ils voient*. 

 

 

Pressoir-Mystique-vitrail-Eglise-Saint-Etienne-du-Mont-Pari.png

 

 

Suer sang et vin 

Situés dans la galerie du cloître du charnier de l’Eglise Saint-Etienne-du-Mont, les vitraux du Pressoir Mystique sont des émaux recuits au four. Finement ciselée dans son sertissage de plomb, cette lumineuse fresque a la mise en scène d’un véritable tableau. Si l’on y trouve quatre plans, seuls les deux premiers s’apparentent directement au pressoir mystique.

 

Passant au deuxième plan, le Christ a le rôle central est pressé au sens propre. Comme décrit par saint Bonaventure au XIIIème siècle : « le Christ, pressé sur la croix comme une grappe dans le pressoir ». Il supporte ici le poids croissant de sa croix, tandis que du sang gicle des plaies de la Passion. Couronné, auréolé et allongé sous pressoir, le Christ reste aussi passif qu’impassible. Seul le spectateur le regarde. Même celui qui veille à la pressée ne se préoccupe que des vis du savant montage, les autres personnages de la composition s’affairant tout autant.

 

Recueilli à gauche du pressoir, le sang est amené à ceux qui occupent le premier plan : les prélats de l’Eglise. On reconnaît parmi ces acteurs du clergé un pape affublé de sa tiare, un cardinal en habits d’apparat et un évêque communiant. On peut s’interroger sur la suite logique de la scène. Recevant des fûts de sang, le pape et le cardinal enfournent des grappes dans des barriques. Ce pressoir mystique semble d’avantage préfigurer la macération carbonique que la chronologie chère aux bandes dessinées.

 

Au troisième plan, on trouve trois animaux ailés tirant un char sur lequel semble être jugé un homme ailé, de pieux suiveurs se fondant en suppliques et prières. Il s’agit sans nul doute d’une représentation du Tétramorphe, à partir d’un amalgame des visions de Saint-Jean (l’Apocalypse) et du prophète Ezéchiel** (Ancien Testament). Les 4 animaux ailés composant le Tétramorphe représentent traditionnellement les Evangélistes bibliques (l’homme ailé de Matthieu, le lion ailé de Marc, le boeuf ailé de Luc et l’aigle de Jean). Cette évocation symbolique peut sembler éloignée de l’Eucharistie. Il s’agit en fait d’une caution à la liturgie : l’Eucharistie a été institué lors de la Cène, parole des 4 Evangiles !

 

Au dernier plan on aperçoit des vignes, qui pourraient fort rappeler la métaphore des vignerons de l’Evangile de Saint-Matthieu. Il est par contre certain que l’église qui se profile à droite de ces coteaux est celle de Saint-Etienne-du-Mont. Cette dernière se trouve sur la montagne Sainte-Geneviève, pour ceux souhaitant la visiter, direction le cinquième arrondissement parisien (à proximité du Panthéon et de la Sorbonne).

 

 

* : En légende de ce vitrail, on peut d’ailleurs lire

« Heureux homme chrétien si fermement tu crois

Que dieu pour te sauver a souffert à la croix

Et que les sacrements retenus à l’Eglise

De son sang précieux ont eu commencement »

La croyance en la transsubstantiation est ainsi définie comme un acte de foi, dans l’espoir de clore le débat sur la réalité de ce phénomène (notamment critiqué par les Eglises Protestantes).

 

** : prophète connu des cinéphiles pour l’un de ses versets revisité dans le film Pulp Fiction

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Published by Alexandre - dans Peintures
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