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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 12:00

Aujourd'hui, nous allons écouter une chanson de Paul McCartney & Wings : Picasso's last words (drink to me). Titre des plus explicites, cette chanson traite des dernières paroles connues du grand peintre espagnol. Le 7 avril 1973, le plus cubiste des porteurs de marinière recevait à dîner dans sa villa de la Côte-d'Azur. En servant un verre de vin à l'un de ses convives, il lui aurait déclaré : « buvez pour moi, buvez à ma santé, vous savez que je ne peux plus boire ». Le lendemain, Pablo Picasso succombait à une attaque cardiaque.

Rapportés par un article du Time d' avril 1973, ces derniers instants sont la base d'un défi de comptoir. En vacances en Jamaïque au printemps 1973, le couple McCartney fait la connaissance de Dustin Hoffman, alors en tournage sur le film Papillon*. Lors d'un dîner, l'acteur demande à l'ex-Beatles comment il s'y prend pour composer tant de chansons. La réponse « je me contente de les faire » ne l'ayant pas satisfait, Paul McCartney est mis au défi d'en créer une à partir de n'importe quoi. Dustin Hoffman ayant été marqué par la lecture de l'article sur les « derniers instants et dernier voyage de Pablo Picasso », le sujet du défi est tout trouvé.

 

3-musiciens-picasso.png

 

Les paroles, les (dernières) paroles...

Si l'image de jeune premier continue de coller à (sir) Paul McCartney, ses dons de compositeur populaire sont reconnus de tous. D'après la légende, la classique All my loving (1963) aurait été rédigée à l'arrière d'un bus lors d'une tournée des Beatles. Paul McCartney n'hésite d'ailleurs pas à s'enorgueillir de ses facilités, ayant raconté à de nombreuses reprises (notamment dans le documentaire Wingspan qui accompagnait la sortie de ce best of) la conclusion du défi posé par Dustin Hoffman. Prenant sans tarder une guitare, Paul McCartney immédiatement sa guitare et commence à entonner un refrain : « drink to me, drink to my health ». On l'imagine facilement, à la plus grande stupéfaction de Dustin Hoffman.

Picasso’s Last Words est ainsi esquissée avec panache. Loin d'être oublié après la soirée, cet exercice de style est mis de côté par le prévoyant Paul McCartney : quand le vin est tiré, on le boit. La chanson est enregistrée à Lagos (Niger) en automne 1973, elle paraît dès décembre 1973 sur l'album Band on the run. Si ce morceau est le plus long de l'album, il figure aussi parmi les plus légers en paroles. Ce titre n'en est pour autant pas baclé, comme son origine de simple défi pouvait le laisser présager. Au contraire, les improvisations, ajouts et remodelage imposés au morceau lui donne une valeur d'hommage tout testamentaire à Pablo Picasso.

Picasso’s Last Words est surtout riche en rupture de rythmes et interludes inattendus. Avec une introduction à la sobriété proche de You've got to hide your love away (les Beatles, Help!), la mise en place est lente, avec une ambiance de fanfare ankylosée répondant avec poids à l'annonce de la mort du grand peintre (« the grand old painter died last night »). Un interlude francophone incongru (une réclame pour des guides et services touristique) sert de prélude à l'évocation du refrain de Jet (tiré du même album Band on the run) qui réchauffe rythme et chant (à la limité du crooner). Le morceau emboîte ainsi le pas à la finale autoréférencée de All you need is love (les Beatles, Magical Mystery Tour), où sont joyeusement repris les refrains de Yesterday et She loves you. Le refrain lancinant (« Drink to me, drink to my health/You know I can’t drink anymore ») est alors repris par un choeur éméché, au souffle bohème aviné. L'insertion soudaine d'un rappel de Mrs Vanderbilt (tiré du même album Band on the run) achève de découdre ce patchwork aux contours aussi instinctifs que surréalistes.

Si l'article du Time était la trame de la chanson, Paul McCartney & Wings l'ont taillé et reprisé jusqu'à en faire une somme de collages et superpositions dans l'esprit d'une toile aux arêtes aussi tranchées que ses perspectives sont faussées et sa composition anarchique. Dans le Paul McCartney In His Own Words (de Paul Gambaccini), l'ex-Beatles avoue « ne pas y connaître grand chose, mais avoir essayé de faire avec cette chanson, une sorte de chose cubiste ».



* : film inspiré d'une autobiographie de l'ancien bagnard Henri Charrière.

 

 

[En illustration les Trois Musisciens de Pablo Picasso (1921, Musée des Arts Modernes de New York), même si le trio de Paul McCartney & Wings était pour ce morceau entouré par Ginger Baker]

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Published by Alexandre - dans Chansons
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