Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 10:30

Aujourd’hui, nous allons nous arrêter sur une gravure : les vignes des Gaules arrachées sur ordre de l’empereur Domitien. Cette lithographie est une simple illustration des Merveilles de l’industrie moderne (1875), ouvrage de vulgarisation scientifique du montpelliérain Louis Figuier. Si cette gravure n’a pas la puissance artistique des oeuvres d’Honoré Daumier ou Gustave Doré, elle nous permet de nous arrêter sur les premières mesure d’organisation commune d’un marché vitivinicole.

 

Il faut cependant préciser que bien que préfigurant de récentes mesures viticoles européennes*, les arrachages antiques en question sont des mesures protectionnistes. L’édit de l’empereur Domitien interdisait toutes nouvelles plantation hors des provinces d’Italie, mesure anti-concurrentielle protégeant la filière italienne. Dans le livre XXI de son Esprit des Lois, Montesquieu avance une autre raison : « Domitien, prince timide, fit arracher les vignes dans la Gaule, de crainte sans doute que cette liqueur n'y attirât les barbares, comme elle les avait autrefois attirés en Italie. Probus et Julien, qui ne les redoutèrent jamais, en rétablirent la plantation. »

Louis-Figuier-Vignes-des-Gaules-arrachees-sur-ordre-de-l-e.png

 

 

Toute la Gaule était arrachée par les Romains. Toute ? Non !

 

L’empereur Domitien n’a rien a voir avec la voie domitienne, qui date de -115 av. J.C. Il est resté connu pour sa réforme de l’empire romain, ses victoires militaires en Germanie et son édit viticole de 92 ap. J.C. Ce dernier comporte un volet d’arrachage d’une partie du vignoble des Gaules romaines, soit la Gaule Lyonnaise (Beaujolais, Bourgogne, Vallée du Rhône...), la Gaule Aquitaine (Bordeaux, Cahors...) et la Gaule Narbonnaise (Languedoc-Roussillon, Provence...).

 

Nos ancêtres les irréductibles gaulois se plièrent à cette mesure impériale, étayée par le glaive des cohortes. C’est du moins ce que la gravure du fin du XIXème laisse penser, avec un esprit qui sent bon la troisième république. La composition de cette gravure est simple, dans la tradition des illustrations des gazettes et autres images d’Epinal. A l’arrière plan, on distingue un village (en tout cas une hutte) et des gaulois qui laissent éclater leur tristesse. A la fois sous la surveillance d’un légionnaire et la protection d’un saule pleureur, ces ombres gauloises sont suspendues entre ciel et terre.

 

Au premier plan, les légionnaires romains sont quant à eux empêtrés dans l’arrachage des ceps et des échalas qui leur servent de tuteurs. Sous les ordres d’un tribun aux allures druidiques, ils semblent patauger dans un enchevêtrement de rameaux tortueux. Il n’est pas besoin de beaucoup d’expérience pour avancer qu’ils se débrouillent comme des pieds pour arracher ces vignes.

 

* : de 2008 à 2012, 4 % du vignoble européen (soit 165 000 hectares) furent arrachés. La mesure communautaire d’aide à l’arrachage définitif de la vigne aura représenté 1 miliards d’euros de subventions, pour une réduction de la production de 10 millions d’hectolitres [Source : FranceAgriMer].

Partager cet article

Repost 0
Published by Alexandre - dans Peintures
commenter cet article

commentaires

Mathieu 12/05/2012 18:11

Mais Suétone était déjà six pieds sous terre lorsque Probus se vêtit de pourpre ! ;-)

Je pense qu'il n'aurait pas trop eu la dent dure contre Probus... un véritable commissaire général au Plan, qui a beaucoup oeuvré pour l'Agriculture et la Viticulture.

A défaut de Suétone, l'auteur de l'Histoire Auguste" nous apprend un peu plus sur l'ambition viticole de l'empereur probe.

"Probus autorisa par la suite, tous les Gaulois, Espagnols et Bretons à posséder des vignes et faire du vin. Pour sa part, il fit défricher par les soldats le sol du mont Alma en Illyricum, près de
Sirmium, et y planta des pieds de vigne de qualité".

L'information est corroborée et enrichie par Eutrope (L'auteur de l'Histoire Auguste connaissait-il l'abrégé ?) : on l'écoute...

"Il permit aux Gaulois et aux Pannoniens d'avoir des vignes, il recourut à la main d'oeuvre militaire pour planter de vignes le mont Almus, près de Sirmium, et le Mont d'Or, en Mésie supérieure, et
il en laissa la cuture aux habitants de ces provinces".

ça me donne envie de faire quelque recherche sur ce mont Alma ou Almus et ce Mont d'Or pour savoir s'il existe encore des vignes dans ces coins d'Europe Centrale et orientale...

Mathieu 11/05/2012 10:52

L'Historien est amateur de vins ! En tant qu'empereur, Domitien n'a pas laissé de très bons souvenirs, par contre, Probus a toujours eu une bonne cote...

Alexandre 11/05/2012 11:21



En effet Matthieu, le jugement historique équivaut à la critique de vins : la note/cote est orientée par l'expert !


Si l'on parle de Parkerisation de la dégustation des vins, peut-on parler de Suétonisation du souvenir des empereurs romains ?